• Pascale Bergès

Changer de modèles internes opérants : difficile mais pas impossible.

L’importance des relations nouvelles qui offrent un sentiment de sécurité.


Bowlby formule l’hypothèse selon laquelle toute relation nouvelle fortement significative (chargée d’affect et qui offre un sentiment de sécurité et au sein de laquelle l’individu recevra des « soins stables et prévisibles ») peut produire une modification des modèles opérants internes acquis dans les interactions avec la figure principale d’attachement (la mère le plus souvent).


Ce type de relation peut être offerte par des membres de la famille ou des amis lucides et éclairés sur la théorie de l’attachement et les conséquences des violences éducatives (y compris ordinaires), un amour authentique dans une relation de couple solide ou bien par un thérapeute formé à la théorie de l’attachement.

  • Faire l’expérience de recevoir des réponses régulièrement différentes de celles qu’on attend et pendant un temps long de la part de quelqu’un qui se positionne en tant que base sécure peut impulser un processus de métacognition. Ce processus permettra de ré-élaborer les expériences du passé à la lumière de signifiants nouveaux ayant un sens pour l’individu. Grazia Attili.

Types d’attachement inadaptés : les attachements insécures.


Quatre styles d’attachement sont définis à l’âge adulte :

  1. Sécure.

  2. Insécure anxieux ambivalent ou résistant.

  3. Insécure anxieux évitant.

  4. Insécure désorganisé.

Lors d’une thérapie thérapie, la personne avec un attachement insecure est amené à comprendre que ses stratégies et comportements avaient une fonction d’adaptation et de survie avec sa figure d’attachement dans l’enfance mais que ces stratégies et comportements risquent d’être inadaptés dans les relations actuelles.


L’expression des émotions et leur régulation semblent être le résultat des expériences basées sur la possibilité de révéler toutes ses émotions (y compris la colère contre les parents) dans la certitude que ces émotions seront comprises et non censurées. Un enfant sécure (et donc un adulte sécure) grandit dans l’assurance que l’expression de ses émotions ne provoquera pas la rupture de la relation avec la figure d’attachement (dont il ne peut pas se passer parce que s’en passer signifie la mort pour le cerveau).


On comprend alors que, quand les besoins de protection et de réconfort n’ont pas été satisfaits dans l’enfance alors même que les humains sont programmés pour cela, l’humain n’a d’autre choix que de développer des organisations psychologiques déviantes ou des troubles mentaux et des conduites qui ont pour but biologique d’assurer sa protection et sa survie à terme.


L’évitement des enfants insécures anxieux évitants, par exemple, leur permet de maintenir l’organisation, le contrôle et la flexibilité dans leur comportement : souvent les mères des enfants « évitants » ne supportent pas le contact physique, sont inhibées dans leurs expressions émotives, et gênées par les requêtes d’aide ou de réconfort (Main, Stradtman, 1981) ; si les enfants essayaient de s’agripper à leurs mères, ils n’obtiendraient que frustration et désorganisation comportementale (Main, Weston, 1982).


  • Les attachements non sécures peuvent être considérés comme des schémas adaptatifs, même si ces comportements sont ensuite utilisés de manière rigide dans d’autres situations avec d’autres individus, apparaissant parfois comme pathologiques. Grazia Attili.


La thérapie pour les attachements insécures.


L’enjeu d’une thérapie basée sur la théorie de l’attachement est alors de créer un sentiment de sécurité qui permet au patient insécure de manifester ses émotions de colère, d’hostilité et de peur qui, au sein de la relation d’attachement primaire, n’avaient jamais pu être ouvertement exprimées.


Chaque type d’attachement insécure a des besoins différentes :

  • Avec les patients évitants/détachés, il est primordial de les autoriser à exprimer le désespoir et/ou la colère ; ces patients ont vécu l’angoisse du rejet qu’ils ont remplacé par un faux sentiment de bien-être.

  • Pour les patients ambivalents/préoccupés, le premier pas consiste à reconnaître leur propre vulnérabilité due à l’imprévisibilité expérimentée avec la FdA. Ce n’est que dans un deuxième temps qu’ils pourront réguler la colère qui les submerge et demander plus directement ce dont ils ont besoin. Se rappeler que l’évitement de certains lieux ou situations était lié à la peur de perdre la FdA peut réduire la phobie élaborée vis-à-vis de ces lieux et de ces situations.

  • Pour les sujets désorganisés/non résolus il est important de prendre conscience que plus ils avaient besoin de soutien, plus ils étaient terrifiés.

Ces personnes insécures peuvent alors reconnaître avoir refoulé leur souffrance lorsque leurs parents les ridiculisaient, ou bien leur colère quand ils les menaçaient d’abandon, ou encore le sentiment de frustration de ne pas pouvoir réagir car le risque de perdre la relation était trop important.


Source : Attachement et théorie de l’esprit de Grazia Attili (éditions Fabert – 2013).


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